L’esprit Maurice Leblanc

 9 mai 2018

Il flotte sur Etretat comme un voile de mystère emprunt de l’esprit de Maurice Leblanc. Ici le romancier a vécu et écrit quelques-unes de ses œuvres les plus célèbres. Pour tous les amateurs d’Arsène Lupin, Etretat résume à elle seule la quête ultime du gentleman cambrioleur. Entre les falaises de craie, du fort de Fréfossé à la Chambre des Demoiselles, il a mené sa plus passionnante aventure, celle de l’aiguille creuse.

Né à Rouen en 1864 d’une famille aisée, Maurice Leblanc a fait d’Etretat son lieu de villégiature et le cadre des pérégrinations de son gentleman de cambrioleur. Amoureux de ces mastodontes de craie blanche, de ces paysages découpés et soufflés par le vent, de l’odeur de l’océan qui ramène ses embruns sur les plages de galets, Leblanc y acquit une villa en 1919, « Le Clos Lupin ». C’est cet environnement, enivrant à bien des égards, qui l’inspira. Jacques ­Derouard, biographe de Leblanc et spécialiste d’Arsène Lupin, dira très justement : «Maurice Leblanc eut le génie d'utiliser l'histoire et la géographie non comme de simples éléments de décor, de “pittoresque”, mais comme faisant partie de l'histoire. Songeons à l’Aiguille Creuse ! ». Etretat fait partie de l’histoire de l’Aiguille Creuse. Elle est l’intrigue et le dénouement à la fois. C’est donc au cœur du monolithe de pierre qui jouxte la porte d’Aval qu’il placera le cœur de sa plus célèbre intrigue. Dans les lignes de son roman, il décrit l’aiguille comme un « Obélisque colossal, d'aplomb sur sa large base de granit que l'on apercevait au ras de l'eau et [qui] s'effilait ensuite jusqu'au sommet, ainsi que la dent gigantesque d'un monstre marin ». Près de 110 ans après la publication de l’Aiguille creuse, nombreux sont encore les « lupinophiles » du monde entier, à arpenter la roche calcaire jusqu’à la chambre des Demoiselles pour découvrir le passage secret menant aux trésors des rois de France. L’esprit de Maurice Leblanc a définitivement fait son chemin dans l’imaginaire collectif et à travers le globe.

Après les fouilles aux bords des falaises à la recherche du fantôme de Lupin, la résidence de Leblanc est un arrêt obligatoire. Un temps réquisitionnée pendant la seconde guerre, la villa fût rachetée en 1998 par la petite-fille de l’auteur qui y installa « un musée malicieux qui s'appuie sur une scénographie ludique » où ont été conservés «cabinets biscornus et escaliers dérobés ». Bordé par un superbe jardin à la française, le Clos Lupin et ses lupins en fleur est une belle demeure de style cauchois, montée de briques et colombages. A l’intérieur, c’est la voix immortelle de l’acteur Georges Descrières, incarnation télévisuelle d’Arsène Lupin, qui guide le visiteur dans l’univers du gentleman cambrioleur alias Luis Perenna ou Paul Sernine (anagrammes parfaits) ou une autre des 45 identités du roi de l’entourloupe, tantôt clochard, tantôt médecin russe ou chef de la police.

Si Maurice Leblanc doit beaucoup au voile de mystère qui enveloppe Etretat, la ville toute entière, de ruelles en bâtisses, est entourée d’un charme énigmatique. Le Donjon, avec son architecture du XIXème et son cabinet des curiosités, renferme lui aussi des secrets. Entre ses murs les clients sont invités à résoudre une énigme cousue de fil blanc et liée à l’histoire de l’ancien petit port de pêche. Un code caché dans un livre de la bibliothèque, l’accès à une pièce qui renferme un mystérieux secret à dénouer dans un temps limité. Heureux en enquête pas, l’expérience se partage ensuite autour d’un verre pour prolonger le plaisir et tenter de saisir ça et là des bribes d’indices. Voilà une aventure qui aurait sans doute plu à Maurice Leblanc !

 

Le Clos Lupin, Maison Meurice Leblanc
15, rue Guy de Maupassant
76790 Etretat
Tél : +33 (0)2 35 10 59 53
Email : lecloslupinetretat@gmail.com